-
-
-Ce matin-là, Cupidon rêvassait encore à d'impossibles amours qu'il pourrait faire se réaliser. Son entêtement lui valait toujours les remontrances de Saint-Pierre et il savait qu'il valait mieux ne pas lui en parler.
Il avait croisé cette jeune fille dans la rue. Un air triste sur le visage, les yeux embués, la tête ailleurs. Il avait réussi, malgré le vent et la foule, à voir ce qui la tracassait à ce point.
« Il me manque... Que fait-il à cette heure-ci... Déjà 2 heures qu'on s'est parlé... Est-ce qu'il appellera ce soir... »
Chacune de ces pensées lui semblait si sombre qu'il ne put s'empêcher de la suivre. Elle était montée dans une petite voiture noire de marque italienne. De celles dans lesquelles on ne met pas 3 énergumènes derrière. Elle avait mis le contact puis glissé un CD dans le lecteur. Il se souvient bien de ce moment-là, il n'avait plus réussi à entendre aucune de ses pensées tellement la musique allait fort. S'il avait bien reconnu, il s'agissait d'un groupe français, quatre jeunes garçons... Il ne connaissait pas le titre de la chanson, mais en tout cas, les paroles étaient bien tristes. Ça parlait d'une danse, d'une dernière dans. Oui, c'était ça. Il faudrait qu'il demande à son collègue de qui ça venait.
Toujours est-il qu'il l'avait regardée s'éloigner. Il l'avait suivie de loin, essayant de sonder ses pensées, mais avec cette musique, pas possible. Les titres s'enchaînaient, mais elle ne baissait pas le son. Probablement que ça lui vidait l'esprit. Mais en tous cas, à lui ça lui remplissait les oreilles.
Arrivée à destination, en plein centre ville, elle avait garé sa voiture sur une petite place pavée et était partie en direction d'une librairie. Sans doute pour s'acheter un de ces magazines de femmes dans lequel on ne parlait que de mode et parfois un peu de sexe (s'entend par là de « comment faire pour simuler un orgasme sans qu'il s'en rende compte », enfin des âneries dans le genre). Mais elle ressorti avec un livre et une boîte de bonbons. Smarties, c'est ça le nom sur la boîte. Quel monde de fous ... on dirait un nom venu de l'espace.
Le titre du livre ? Il ne s'en souvient plus. Mais il se souvient de la couverture. Bleue, dans différents tons, avec deux jeunes en train de s'embrasser. Encore une histoire d'amour sans doute.
Elle ne retourne pas tout de suite à sa voiture, elle va s'asseoir sur un banc un peu plus loin et commence à lire le livre, en mangeant ses « Smarties » (décidément un nom débile pour des bonbons se dit-il).
Au bout de quelques minutes, un jeune homme passe sous son nez et il ressent tellement de choses à son passage qu'il ne peut que penser à elle. Il les regarde tous les deux et se décide en une fraction de seconde. Parfois, il ne faut pas chercher à comprendre. Ils sont là, tous les deux, sous sa main... autant en profiter. Il sort son arc, une de ses plus belles flèches et vise la jeune femme et la touche en plein c½ur. Au même moment, le jeune homme passe devant elle et Cupidon lui décoche l'autre partie de la flèche...
Maintenant, laissons agir... il ne faudra pas plus de 5 minutes. Enfin, c'est ce qu'il pense... Du moins, c'est ce que le manuel disait quand il était à l'école...
« Si deux c½urs malheureux sont touchés en même temps, le temps d'attente pour la première réaction est réduit de moitié. »
Il se souvenait de cette phrase comme si c'était hier. Et autant vous dire que ça datait de bien plus, vu son âge ... millénaire.
Mais rien ne vint... d'elle. Lui visiblement touché de plein fouet s'assit à ses côtés et tenta d'entamer la conversation. Elle leva les yeux sur le jeune homme mais replongea aussitôt le nez dans sa lecture... Quel désarroi... Cupidon ne comprenait pas, il avait pourtant bien tiré, on ne pouvait mieux.
Effrayé par ces événements, il décida d'ôter la moitié de flèche du c½ur du jeune homme et de le laisser repartir et vaquer à ses occupations. La jeune femme était toujours assise sur son banc, lisant tranquillement. Il tenta de lire dans ses pensées, mais il n'y parvenait plus.
Il monta alors voir Saint-Pierre, lui raconta sa rencontre du matin, lui expliqua mot pour mot l'histoire, le coup de la musique, des bonbons, du livre, du banc. Lui dit comment il avait tiré sa flèche et comment elle avait atteint le c½ur du jeune homme et celui de la jeune femme. D'ailleurs, il pouvait venir voir, il ne l'avait pas libérée, elle.
Saint-Pierre accepta exceptionnellement de se déplacer pour examiner cela de plus près...
Lorsqu'ils arrivèrent sur place et que Cupidon lui montra la jeune fille, Saint-Pierre se mit à rire de bon c½ur. Cupidon ne comprenait pas et lui demanda un mot d'explication.
« Tu vois cette jeune femme, Cupidon ? »
« Oui, qu'a-t-elle de si spécial ? »
« Elle t'a semblée triste ce matin ? C'est ça ? »
« Oui, et elle pensait à un homme, mais elle avait l'air malheureuse. J'ai pensé bien faire. »
« Et ce jeune homme que tu as touché, il était ici ? »
« Ben oui Saint-Pierre, il est passé juste devant moi. »
« Donc il était d'ici, pas d'ailleurs, bien d'ici ? »
« Mais oui, pourquoi cette question ? »
« Cette jeune femme que tu vois assise là a déjà été touchée par une flèche ... bien plus efficace que les tiennes mon cher Cupidon. »
« Mais elle est amoureuse d'un homme alors ? »
« Comment veux-tu la rendre amoureuse d'un Homme, alors qu'elle est amoureuse de la vie ? Et le seul homme qu'elle aime ... est un Ange de l'amour. »
Text: by me
-
-